Ottawa, le 19 juin 1990.- Le quotidien Le Devoir, de Montréal, a remporté le Prix Michener 1989. Ce prix a été créé pour reconnaître et promouvoir l'excellence en journalisme d'intérêt public. Le Devoir s'est illustré avec ses reportages sur les enjeux et les défis auxquels font face les Inuits du nord du Québec. Son Excellence, le Très Honorable Ramon John Hnatyshyn, Gouverneur général du Canada, a fait la présentation du prix hier soir lors d'une cérémonie à Rideau Hall, en présence de celui qui a créé et donné son nom à ce prix, le Très Honorable Roland Michener.
Sept finalistes avaient été retenus parmi les 57 organisations de presse, journaux, stations de radio et de télévision, qui avaient soumis leur candidature au prix de cette année. Le Gouverneur général a déclaré que tous ces finalistes avaient atteint l'excellence journalistique et avaient servi à la fois leur communauté et leur profession avec très grande distinction. (Voir le texte complet du Gouverneur général)
« À l'heure du choix » : tel était le titre d'un supplément de 48 pages publié par Le Devoir dans son édition régulière du samedi 1er avril 1989. Réalisé à la fois en français et en inuit, ce supplément faisait le point sur la situation des Inuits dans le nord du Québec, et s'attardait aux enjeux d'un référendum portant sur une proposition de gouvernement autonome pour les Inuits, proposition qui devait être adoptée quelques jours plus tard, soit le 10 avril 1989.
Selon Paule Beaugrand-Champagne, alors rédactrice en chef adjointe au Devoir et responsable du projet, la couverture de ce référendum présentait plusieurs défis: des ententes spéciales ont dû être faites pour recevoir rapidement les résultats des 14 communautés, isolées les unes des autres et très éloignées de Montréal; les lettres et les caractères du langage inuit ont dû être adaptés à un processus d'imprimerie électronique. De plus, pour traduire du français à l'inuktitut, il a fallu trouver des façons d'expliquer les concepts et les expressions du Sud aux lecteurs inuit pour qui il n'existe pas de termes correspondants en inuktitut. Enfin, il a fallu organiser la livraison du supplément dans chaque foyer des 14 communautés isolées, éparpillées le long de la côte arctique du Québec. (Les abonnés à Montréal et ailleurs au Québec ont reçu le supplément avec l'édition du jour.)
Le Devoir, le journal avec le plus petit tirage de tous les quotidiens métropolitains au Canada, a réussi à surmonter ces problèmes et à offrir à ses lecteurs une étude complète des questions Inuits et des problèmes reliés à un gouvernement autonome. Les juges du concours Michener ont rendu hommage au Devoir pour « l'effort extraordinaire accompli à communiquer avec les Inuits sur une base d'égal à égal ». Ils ont ajouté « qu'à l'exception de la question de la langue, le contenu du supplément était tout à fait normal. Mais le fait qu'il ait été réalisé et la façon dont il l'a été représente un service public immense ».
Le président de la Fondation des prix Michener, Paul Deacon, a exprimé ses remerciements au Gouverneur général Hnatyshyn (voir le texte complet de Paul Deacon) pour avoir été l'hôte de cette 20e cérémonie annuelle à Rideau Hall. La Fondation a aussi annoncé au cours de cette soirée que les journalistes Gisèle Lalande, d'Outremont au Québec, et Ann Pappert, de Toronto, étaient les récipiendaires de la Bourse Michener-Deacon pour 1990.
Gisèle Lalande, reporter de grande expérience auprès de Radio-Canada et de Radio Québec, utilisera sa bourse pour réaliser une étude sur les limites du multiculturalisme dans un Canada multiracial. Elle est prête à faire face à la controverse que cet examen ne manquera pas de soulever dans une société où le « multiculturalisme » est synonyme de « bon ». Mme Lalande note que la baisse de la natalité rend le Canada de plus en plus dépendant de l'immigration. Mme Lalande se demande si nous sommes prêts à vivre dans une société qui met en lumière les différences raciales. Elle se propose donc de traiter toutes ces questions dans un ouvrage qui sera le fruit de ses observations durant son étude qui s'étendra sur quatre mois (voir le rapport Lalande).
Ann Pappert est une journaliste pigiste dont les articles couvrant un large éventail de sujets scientifiques ont été publiés dans les pages du Toronto Star, du Globe and Mail, du Financial Times, et ont aussi été diffusés sur les ondes de la CBC, aux émissions The Journal et Morningside, de même que sur les ondes de TV Ontario et du réseau de radio publique des États-Unis.
Son étude portera sur les technologies de reproduction, un domaine qu'elle examinera dans la perspective particulière des politiques publiques en place. Selon elle, il est maintenant temps d'examiner les changements dans les techniques utilisées par les laboratoires. Son projet de quatre mois financé par la bourse Michener-Deacon l'amènera à passer du temps avec des chercheurs de pointe dans ce domaine. On peut s'attendre à une étude bien documentée, correspondant à la réputation des éditeurs de Madame Pappert (voir le rapport Pappert).
Mention spéciale :
L'hebdomadaire St. John's Sunday Express, de Terre-Neuve, aura été le premier média d'information de cette province à publier un reportage sur les abus commis à l'orphelinat Mount Cashel, longtemps considéré comme un refuge de l'église catholique romaine pour les orphelins et les victimes de foyers désunis. Ce reportage aura été en partie responsable de la décision du gouvernement de Terre-Neuve d'instituer une Commission royale d'enquête sur le système de justice criminelle de la province. Cette enquête a fait l'objet d'une importante couverture médiatique au Canada. Neuf Christian Brothers ou anciens « frères » ont été accusés d'agressions sexuelles à Mount Cashel. Plusieurs ex-résidents de l'orphelinat ont intenté des poursuites contre les religieux et le gouvernement provincial.
L'histoire de Mount Cashel a touché la population et le gouvernement de Terre-Neuve. Les ministres de la justice et des services sociaux ont promis de réviser et de modifier les politiques pour prévenir d'autres abus. L'abus sexuel d'enfants n'est désormais plus un sujet tabou, mais un crime qui doit être dénoncé et puni. Les plaintes à la police au sujet d'abus sexuels envers des enfants ont soudainement augmenté. Et l'orphelinat a été fermé.
Des mentions d'honneur ont été remises à :
Le Kingston Whig-Standard, pour son projet « Rock-a-Bye Baby », un reportage qui raconte l'histoire très émouvante de la vie et de la mort de Marlene Moore, née en 1957, qui s'est suicidée en prison en 1988, mettant ainsi fin à une vie d'agonie physique et intellectuelle qui lui a été infligée par des personnes très respectées dans la société. Le reportage raconte la vie de Marlene, de son berceau à son cercueil, et décrit aussi le traitement insensible et dur que notre société et notre système judiciaire peuvent infliger à une femme victime d'inceste, de viol et de violence masculine, alors que les coupables demeurent en liberté. Les journalistes Anne Kershaw et Mary Lasovich ont entrepris de documenter ce sujet, faisant de la recherche et de la rédaction pendant 10 mois. Le résultat final a rempli 44 des 48 pages du magazine du samedi du Whig-Standard, le 25 novembre 1989.
Le Reader's Digest, de Montréal, pour « The Donald Marshall Case » (La cause Donald Marshall), qui raconte les ratés de la justice blanche dans la cause de cet indien Micmac de la Nouvelle-Ecosse. Le reportage réalisé par le journaliste Parker Barss Donham a été décrit par son chef de nouvelles comme « un compte- rendu concis mais complet de l'incompétence, du manque de professionnalisme et des agissements répréhensibles qui ont mené à la condamnation de Marshall pour le meurtre de Sandy Seale, ainsi qu'à la même incompétence et à la réaction minable des politiciens, des juges et des autorités publiques lorsque la vérité a été connue ».
La chaîne Southam News pour son dossier « Southam Environment Project », un rapport colossal sur l'environnement au Canada, d'un océan à l'autre, et sur ce qui peut être fait. En expliquant son projet « Our Fragile Future » (notre fragile avenir), le service de nouvelles Southam a fait valoir que, de toutes les questions importantes de notre temps, seule peut-être la question du désarmement nucléaire est aussi importante pour l'avenir de la planète que la dégradation de notre environnement. Southam News, avec l'aide de chacun des journaux Southam, a rassemblé une trousse d'information éducative sur le thème « Our Fragile Future ». Cette trousse est maintenant utilisée par plus d'un demi-million d'étudiants partout au Canada. Le projet a eu un impact important sur les réseaux de radio et de télévision ainsi que sur les stations privées partout au pays. Il a reçu les éloges des environnementalistes, des dirigeants d'entreprises, des politiciens et d'Environnement Canada.
The Journal de la CBC, à Toronto, pour « The Human Tragedy in the Sudan » (Drame humain au Soudan), un compte-rendu vivant et crève-coeur de l'odyssée de milliers d'enfants qui ont traversé la moitié du Soudan pour chercher refuge en Ethiopie, échappant ainsi à l'esclavage ou à la mort dans la guerre civile qui fait rage dans leur pays. L'importance de l'exode des enfants du Soudan est renversant. On croit que 400 000 d'entre eux se sont enfuis vers des camps de réfugiés. Le documentaire de la CBC a permis à quelques uns de ces enfants de raconter, à l'aide d'interprètes, leur histoire au monde occidental. « The Human Tragedy in the Sudan », par le journaliste Brian Stewart et le réalisateur Tony Burman, ouvre les yeux des téléspectateurs sur l'horrible réalité d'une guerre oubliée (ou peut-être ignorée).
La station radiophonique CKNW, de Vancouver, pour « Drinking, Drugs and Decisions » (Alcool, Drogues et Décisions), une émission sur l'abus des drogues et de l'alcool diffusé par CKNW et 43 autres stations radiophoniques de la Colombie-Britannique le jour du lancement de la Semaine de sensibilisation aux drogues et à l'alcool en Colombie-Britannique. L'émission montrait la misère et la tragédie à l'aide d'exemples de personnes qui sont devenues dépendantes de l'alcool ou des drogues, mais qui ont réussi à reprendre une vie normale.
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Le jury des Prix Michener 1989 :
Fraser MacDougall, Ottawa, retraité de la Canadian Press et du Conseil de presse de l'Ontario; Emmanuelle Gattuso, Ottawa, vice-présidente de l'Association canadienne des radiodiffuseurs; Pierre Lemieux, Montréal, retraité des relations publiques de CPR; Peter Mason, St-Agatha, Ontario, retraité de B.F.Goodrich Canada, ex-vice-président du Conseil de presse de l'Ontario; Gail Scott, Toronto, professeur en journalisme, Institut Ryerson; Ivor Williams, London, Ontario, éditeur retraité du Regina Leader-Post.
Le jury de la Bourse Michener-Deacon 1990 :
Le sénateur Richard Doyle, Toronto, ex-rédacteur en chef du Globe and Mail; George Bain, Mahone Bay, Nouvelle-Ecosse; Lise Bissonnette, Montréal; John Miller, Toronto, chef du département de journalisme à l'Institut Ryerson; et E.W. (Ted) Chapman, Vancouver, ex-radiodiffuseur de Calgary.
La bourse Michener-Deacon, qui est attribuée chaque année au mérite, a pour objectif de promouvoir les études en journalisme ainsi que les valeurs qui contribuent à servir l'intérêt public.