
Permettez-moi d'exprimer la joie que j'éprouve, à titre de Gouverneur général et d'ancien journaliste, à participer à la remise du quatrième prix Michener de journalisme.
J'envie un peu mon prédécesseur dont le nom est lié à un tel prix. L'association de son nom aux médias d'information augmente ses chances de passer à la postérité.
J'ai eu l'occasion, il y a deux semaines, d'émettre quelques opinions sur le journalisme et les communications de masse lors du dîner annuel de la Presse canadienne à Toronto. Bien qu'encore intimidé, je me sentais très à l'aise, comme aujourd'hui, parmi des collègues.
J'ai fait remarquer que, “généralement parlant, nous avons atteint un point de saturation avec notre arsenal complet de moyens de communication: la radio, la télévision, les journaux et les revues” et je me suis demandé si nous "ne courions pas le risque de contribuer à la pollution verbale de l'esprit alors même que nous mobilisons toutes nos énergies pour combattre la pollution de notre environnement". Je vous laisse y réfléchir.
Vous avez en ce moment devant vous une période de travail aussi lourde qu'elle est importante. Durant la période électorale qui s'ouvre, vous êtes en effet les porteurs du message entre les hommes politiques et les citoyens. Votre influence est donc décisive, de même que votre responsabilité, car vous devez vous assurer que ce message, dont dépend le jeu démocratique, est transmis dans toute son intégrité. C'est là un droit essentiel en démocratie.
Nous devons nous assurer que ce droit fondamental n'est pas lésé. Il appartient aux électeurs de décider et d’exprimer leur opinion. Vous les aidez dans cette tâche en leur offrant une information complète et impartiale.
La présente cérémonie nous offre l’occasion de féliciter ceux d'entre vous qui se sont distingués au cours de l'année dernière.
Le lauréat du prix Roland Michener pour 1973 est le réseau de télévision CTV. Le journal Dartmouth Free Press reçoit la première une mention spéciale alors que deux stations de radio, CHRC-AM de Québec et CFCW-79 de Camrose (Alberta), reçoivent des mentions d'honneur. Je transmets mes voeux les plus chaleureux à tous les médias. L’honneur qui vous est fait aujourd'hui rejaillit sur l’ensemble de votre profession.
J'ai déja dit tout le respect que je porte à votre profession. Il faut à la fois être un saint et un démon pour y réussir tant les tentations de la chair et de l'esprit y sont nombreuses. Comme Eve, vous avez le choix à portée de la main. Chaque mot que vous cueillez peut être empoisonné ou bon, selon la façon dont vous le traitez. C’est donc avec la plus grande joie que je m’associe à cette manifestation où quelques-uns des vôtres sont à l’honneur.
Ma épouse et moi vous invitons à passer un moment avec nous dans ces salons en passe de devenir vieux sinon historiques.
Le Trés Honorable Jules Léger,
Gouverneure général du Canada,
Rideau Hall, Ottawa,
le jeudi 16 mai 1974.
