Ottawa, le 6 novembre 1982. Le quotidien Kitchener-Waterloo Record et la station de télévision CFTM (Télé Métropole), de Montréal, sont les co-récipiendaires du Prix Michener accordé annuellement pour l'excellence en journalisme d'intérêt public au Canada.
L'annonce en a été faite au cours d'une réception à Rideau Hall sous la présidence du Gouverneur général, Son Excellence le Très Honorable Edward Schreyer, et de madame Schreyer. L'ex-Gouverneur général Roland Michener et son épouse étaient aussi présents. La soirée de gala a permis de rendre hommage aux gagnants qui ont chacun reçu le trophée de bronze qui symbolise cette récompense. Trois autres finalistes ont obtenu des mentions d'honneur. Tous les finalistes faisaient partie d'un total de 49 candidatures provenant d'organismes de presse partout au pays, soit le plus grand nombre depuis la création du Prix en 1970.
Au cours de son allocution, le Gouverneur général Schreyer a félicité tous les finalistes et a déclaré que le fait de décider quelles informations étaient transmises au public constituait une lourde responsabilité. L'exercice de cette responsabilité d'assurer le droit du public à l'information doit se faire dans les meilleurs intérêts du public et de la démocratie et doit en même temps être réalisé dans un souci de liberté et d'équité. (Voir le texte complet du Gouverneur général)
Le quotidien Kitchener-Waterloo Record a été choisi co-récipiendaire du Prix pour avoir dénoncé une escroquerie financière qui a fait perdre des millions de dollars à plus d'un millier d'investisseurs canadiens, américains et européens.
L'enquête du Record dans les activités de la Société Canadian Concord Funding Limited a été déclenchée à partir d'une information anonyme et s'est poursuivie pendant 18 mois. Le Record n'a tenu aucun compte des menaces d'actions judiciaires ni même d'une assignation en diffamation dirigée contre son journaliste Brock Ketcham. Celui-ci a poursuivi son enquête tout en accomplissant d'autres tâches jusqu'à ce qu'il apprenne en décembre 1980 que les procureurs de la Couronne avaient décidé qu'aucune accusation ne serait portée contre lui.
Quand une foule de gens sont venus raconter à Brock Ketcham leurs tristes histoires de pertes avec cette société, le Record lui a donné le mandat de s'occuper exclusivement de cette affaire durant un mois. Le journal l'a aussi autorisé à accumuler des heures supplémentaires sans limite et lui a demandé d'informer la Commission des valeurs mobilières d'Ontario de ses démarches.
En s'appuyant sur des renseignements communiqués par M. Ketcham, la Commission a fait une descente dans le bureau de Concord en janvier 1981 et y a saisi une grande quantité de documents. Le 24 février, le Record a publié une impressionnante série d'articles accompagnés d'illustrations. Des accusations ont été portées et ont entraîné les premières peines de prison jamais imposées pour des crimes de cette nature.
CFTM-TV, Télé-Métropole, de Montréal, a aussi remporté le Prix Michener pour une série de cinq reportages réalisés par Yolande L'Ecuyer sur de sérieux problèmes d'ordre administratif au sein de la Fédération des caisses d'entraide économique.
Ces reportages mettaient aussi en cause la structure financière de ces institutions et l'existence de nombreux conflits d'intérêt au sein de leurs différents conseils d'administration. Le travail de CFTM-TV a permis de donner aux épargnants un éclairage révélateur sur un aspect de la gestion de leurs épargnes dont ils étaient totalement ignorants. Il a aussi levé le voile sur l'ambiguïté de cette formule coopérative où l'on vendait du capital de risque sous le couvert de parts sociales.
Le principal résultat de ces reportages est d'avoir incité le gouvernement à agir dans un dossier auquel il avait déjà été sensibilisé en 1978 via une étude de la Commission des valeurs mobilières du Québec. Le gouvernement n'avait alors donné aucune suite aux conclusions de cette étude qui le pressait pourtant d'intervenir pour protéger les épargnes du public. La série de reportages a suscité énormément d'intérêt, et pratiquement tous les autres médias du Québec ont par la suite traité de ce dossier.
Des mentions d'honneur ont été accordées :
- au journal La Presse, de Montréal, pour une série de cinq articles par Michel Girard, sur les dessous de la Fête nationale. Durant les semaines qui ont suivi la Fête nationale de 1981, toutes sortes de rumeurs avaient circulé au sujet de présumées irrégularités administratives commises par le comité organisateur.
Les articles publiés à la suite d'une enquête de cinq semaines ont révélé que le comité organisateur était aux prises avec un déficit d'un million de dollars. Ce déficit était attribuable à de nombreux abus et une mauvaise gestion, le tout bien documenté et détaillé dans les articles de La Presse. A la suite de ces articles, le ministre responsable a annoncé qu'il allait réviser toute la structure de la Fête nationale afin, entre autres choses, de corriger certains abus de pouvoir.
- au bimensuel North Battleford News-Optimist, pour avoir mené avec vigueur une campagne faisant suite à une décision judiciaire en vertu de laquelle une vingtaine de cultivateurs de la région étaient menacés d'avoir à payer deux fois des machines agricoles d'une valeur de 246 000 $. Chaque cultivateur avait en effet versé à un marchand d'instruments aratoires l'argent dû en vertu d'un contrat de vente sous condition. Le marchand, cependant, n'avait pas remis ces sommes à la société hypothécaire qui lui avait racheté les contrats.
La société hypothécaire avait intenté un procès contre les cultivateurs et avait eu gain de cause. Incapables d'obtenir de l'aide ailleurs, les cultivateurs se sont adressés au journal News-Optimist. A la suite de la publication des articles de Linda Lewis, le syndicat des cultivateurs (Farmer's Union) a fait pression pour qu'une loi rétroactive soit adoptée. Le gouvernement a effectivement voté une loi destinée à empêcher que la même chose ne se répète, mais cette loi n'était pas rétroactive. Même si les cultivateurs concernés n'ont guère eu de quoi se réjouir, les autres communautés agricoles de la Saskatchewan en sont sorties gagnantes en étant protégées par cette nouvelle législation..
- au quotidien Regina Leader-Post pour avoir publié une série d'articles révélant la tromperie et l'incompétence dont étaient marquées des études sur la sécurité de pesticides, de médicaments et d'autres produits chimiques. Les révélations ont mis en lumière les faiblesses de la réglementation gouvernementale au Canada et aux États-Unis, en plus de mettre le Canada en demeure d'améliorer son propre système de réglementation. Les révélations du journal ont enfin conduit à la création d'un comité spécial du gouvernement canadien pour examiner tous les enjeux de santé et de sécurité en cause.
Le jury des Prix Michener 1981 était formé de :
Fraser MacDougall, secrétaire exécutif du Conseil de presse de l'Ontario; Bill Boss, ex-directeur des relations publiques à l'Université d'Ottawa; Emery LeBlanc, directeur des relations publiques de Via Rail et ex-rédacteur en chef de l'Evangéline; et William Metcalfe, ex-directeur de la rédaction au Winnipeg Free Press et au Ottawa Journal.
Le prix Michener est présenté annuellement depuis 1970, date à laquelle il a été créé par Roland Michener, le Gouverneur général de l'époque. Il a pour but de reconnaître l'excellence en matière de journalisme d'intérêt public au Canada.
Sites web :