Ottawa, (le 6 octobre 1976). - Les quotidiens Montreal Gazette et London Free Press se partagent le Prix Michener 1975 pour excellence en journalisme d'intérêt public. La présentation de ces prestigieuses récompenses a été faite au cours d'une cérémonie tenue à Rideau Hall sous la présidence du Gouverneur général, Son Excellence le Très Honorable Jules Léger, et de son épouse.
Lindsay Crysler, rédacteur exécutif, a accepté le prix au nom du journal Montreal Gazette, qui a réalisé une série d'articles sur les centres de détention du Québec. Le journaliste George Hutchison, de son côté, a accepté le prix au nom du London Free Press, qui a mené une enquête sur l'empoisonnement au mercure au sein des communautés aborigènes de l'Ontario. Le Gouverneur général a félicité tous les finalistes du Prix Michener 1975, disant qu'ils avaient bien servi leur profession. (le discours complet du Gouverneur général)
Un autre organisme de presse s'est aussi mérité des commentaires élogieux de la part du jury. Il s'agit de la station radiophonique CJCH d'Halifax. Cette station a découvert que la Gendarmerie royale du Canada et d'autres corps policiers se livraient à des pratiques illégales de surveillance de l'administration des tests de détecteur de mensonges, à partir d'endoits camouflés. Les reportages à ce sujet ont amené le Solliciteur général du Canada, Warren Almand, à émettre une directive enjoignant la GRC de cesser immédiatement cette pratique, laquelle consistait depuis plusieurs années à utiliser ces informations obtenues illégalement contre des accusés traduits devant les tribunaux.
Le journal Montréal Gazette a produit une série d'articles sur la façon dont étaient traitées des jeunes femmes à problèmes abandonnées dans des centres de détention de juridiction provinciale où on avait recours à des méthodes que la société n'accepte même plus pour les criminels endurcis. Après des tentatives infructueuses pour obtenir des informations par les voies habituelles, la journaliste Gillian Cosgrove a réussi à se faire embaucher dans l'un de ces centres et est ressortie de cette expérience avec une poignante série d'articles qui ont entraîné une vive réaction tant des autorités provinciales que municipales.
Les politiques ont été modifiées, les critères d'embauche du personnel revus et améliorés, et on a fait appel à de nouvelles ressources à travers le système, non seulement à Montréal, mais partout ailleurs au Québec. C'est la seconde année consécutive où le journal Montreal Gazette est finaliste au Prix Michener. Le journal l'avait aussi remporté en 1974.
Le London Free Press a été honoré pour une série de cinq articles, écrits par le journaliste George Hutchison et illustrés par le photographe Dick Wallace, relativement aux empoisonnements par le mercure en Ontario et de leurs ravages auprès des communautés établies sur les rives du lac St.Clair ainsi que dans la région de Kenora.
L'intérêt du journal s'est d'abord porté sur le sort de 50 familles de pêcheurs sur les rives du lac St.Clair, lesquelles avaient perdu leur gagne-pain à cause de la pollution. Mais des vérifications additionnelles ont amené les journalistes du Free Press dans les districts Grassy Narrows et White Dog de Kenora. Les familles Ojibwa qui vivaient à cet endroit tiraient presque toute leur nourriture et leur eau potable de la rivière English-Wabigoon. On a découvert que ce cours d'eau était extrêmement pollué par un affluent chargé de mercure provevant d'une usine de pâte et papier située près de Dryden, à tel point que le gouvernement de l'Ontario a dû y interdire complètement toute pêche commerciale et sportive.
Ces reportages ont résulté dans la perte de deux sources importantes d'emploi pour les aborigènes, celles de la pêche commerciale et celle de guides de pêche. Le mercure qui avait fait son chemin jusque dans la chaîne alimentaire avait causé des empoisonnements par le mercure dans la communauté de Grassy Narrows. C'est à ce moment que le journaliste Hutchison a entendu parler pour la première de la maladie ``Minimata``. Le London Free Press et des représentants des deux groupes aborigènes affectés par le mercure se sont rendus au Japon pour rencontrer les spécialistes des milieux médicaux et scientifiques qui s'intéressaient à cette maladie ``Minimata``.
Les articles ont été publiés dans le London Free Press au cours du mois de juillet dernier et ont déclenché des réactions des gouvernements provincial et fédéral. George Hutchison est au service du journal depuis 1964, alors que Dick Wallace y est employé et photographe depuis 20 ans.

Pendant la cérémonie de présentation, Ludovic Hudon, le secrétaire du Cercle de presse du Canada, a louangé Bill MacPherson, chef des nouvelles nationales au Ottawa Citizen et président du Comité du Prix Michener, pour son engagement indéfectible depuis la création de cette prestigieuse récompense. Le Cercle de presse assume la responsabilité du Prix Michener depuis sa création en 1970. Il a aussi rendu hommage à l'artiste qui a créé le trophée symbolisant le prix Michener, John Matthew, sculpteur bien connu dans la région d'Ottawa. L'artiste avait reçu le mandat de créer cette œuvre par l'ex-Gouverneur général Roland Michener, qui a donné son nom à cette récompense décernée annuellement.
Le jury du Prix Michener 1975 était formé de :
Fraser MacDougall, président, ex-dirigeant de la Presse canadienne et actuel secrétaire exécutif du Conseil de presse de l'Ontario; Yves Jasmin, secrétaire général adjoint aux communications du Musée national du Canada; Bill Boss, directeur des relations publiques à l'Université d'Ottawa; Sam Ross, de Vancouver, correspondant de nouvelles radiophoniques maintenant à la retraite; et Patrick Nagle, chef des nouvelles locales au Vancouver Sun.
Les membres du jury pour le Prix Michener doivent tenir compte des ressources mises à la disposition des différents candidats afin que les plus petites organisations de presse soient traitées équitablement par rapport aux plus grandes.