
Je vous accueille avec plaisir et vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie où, selon le voeu du créateur du prix du journalisme, Son Excellence le très honorable Roland Michener, nous célébrons le récipiendaire de cette récompense. Je remercie les membres du jury qui ont étudié les candidatures et arrêté leur choix. J'ai l'agréable devoir de féliciter le gagnant et les autres finalistes au nom de tous les Canadiens.
Je ne vais pas disserter sur une évidence, soit: le rôle et l'utilité de la presse écrite et électronique. Il faut davantage insister sur la responsabilité découlant de l'exercice d'une profession qui touche à tout et à tous et constitue le lien entre les citoyens qui ne générent pas l'information sous ses diverses formes. Cette responsabilité est de plus en plus délicate du fait de la concurrence entre les agents de l'information de jour en jour plus tributaires des marchés. D'où les moyens qu'on déploie pour rendre attrayant un bien de consommation dont il importe de garantir la pertinence et l'authenticité.
On fait grand état aujourd'hui du droit à l'information. Encore faudrait-il définir ce qui doit en faire l'objet et la manière de la pratiquer. Il n'est pas exact d'affirmer qu'on puisse tout dire de n'importe qui ou de n'importe quoi. Le respect de la personne devrait dicter à cet égard des règles. Et quand il faut parler, il est nécessaire qu'on le fasse de façon à renseigner tout en réservant la part d'intimité à laquelle chaque citoyen a le droit de prétendre et, dans le cas des affaires publiques, en s'interrogeant sur l'intérêt de ce qui est véhiculé et de son utilité. La presse est envahissante; elle exploite toutes les formes de curiosité; elle est tout autant un loisir qu'un besoin. Si elle veut instruire et éduquer il lui faut tendre à l'excellence, ce qui est un moyen d'habituer le client à des choix qu'elle peut orienter.
C'est d'ailleurs pour cette raison que l’État reconnaît l'importance d'un prix de journalisme et que le Gouverneur général le remet au nom de la Fondation Michener. C'est justement parce qu'il ne contrarie pas la liberté d'expression qu'il peut se permettre d'inciter le journaliste comme le lecteur à acquérir l'aptitude à discerner, dans la masse des images et des imprimés, ce qui est exemplaire. En proposant des modèles de nouvelles, de reportages, de commentaires ou d'analyse, il s'acquitte de son devoir de protecteur de l'ordre public; il n'impose pas la substance non plus que la forme. Il suggère ce qui lui paraît le plus susceptible d'éclairer et de plaire. Il indique ainsi des critères dont l'application, pour n'être pas la norme absolue, sent à ses yeux des balises qui peuvent empêcher des débordements malsains en un monde où la presse, comme les autres institutions, n'échappe pas aux risques d'une trop grande permissivité.
Je réitère mes félicitations au récipiendaire du prix Michener. Sa contribution lui vaut des éloges mérités; elle a une importance encore plus grande si on la replace dans la perspective de l'émulation qui doit sans cesse pousser les journalistes à s'imposer une discipline qui consiste à accroître le prestige de leur métier par la recherche de tout ce qui donne leur sens aux valeurs qu'exalte la nation.
Merci.
La Très Honorable Jeanne Sauvé
Gouverneure générale du Canada,
Rideau Hall, Ottawa,
le jeudi 16 novembre 1989.
