Discours de Son Excellence la Très Honorable Jeanne Sauvé à l'occasion de la remise du Prix Michener 1986 de journalisme - Rideau Hall, le 6 novembre 1987.
Son Excellence la Très Honorable Jeanne Sauvé

Monsieur Michener, Distingués récipiendaires, Mesdames et Messieurs,

Il me fait toujours plaisir d’accueillir ici mon distingué prédécesseur, le Très Honorable Roland Michener, et de le féliciter à nouveau pour avoir participé à la création de ce Prix d’excellence en journalisme d’intérêt public. En donnant naissance aux Prix qui portent son nom il y a près de 20 ans, Monsieur Michener a aussi transmis à ses successeurs à Rideau Hall un défi qui se répète annuellement. En effet, la remise du Prix Michener amène chaque gouverneur(e) général(e) une fois par année à s’amener devant vous et à chanter les louanges des ``vedettes`` de la presse, louanges qui, de façon générale, sortent aisément de la bouche de ceux et celles qui oeuvrent dans la vie publique, mais qui ne reviennent pas souvent dans l’autre direction. Mais il me fait quand plaisir de reconnaître vos talents.

Les Prix Michener font en sorte qu’à chaque année les membres des médias sont reconnus officiellement et publiquement pour l’excellent travail qu’ils accomplissent. L’exemple du travail réalisé par les finalistes à ce concours établit en quelque sorte des normes journalistiques et des objectifs que tous les journalistes peuvent poursuivre dans leur quête d’excellence professionnelle. Je vous suis reconnaissante, Monsieur Michener, d’avoir perçu ce besoin d’établir une façon de reconnaître l’excellence des médias de ce pays et pour nous donner l’occasion de réfléchir sur les services de qualité qui sont rendus à la population canadienne à travers les efforts de ceux et celles à qui nous rendons hommage ce soir.

Dans un monde dominé par les organisations de communication de masse, vous n'avez pas la tâche facile, vous qui devez compter uniquement sur votre plume pour faire valoir vos vues, alors que vos confrères des médias électroniques peuvent recourir au son et à l'image pour promouvoir les leurs. L'introduction de techniques modernes a considérablement modifié l'environnement professionnel des journalistes et a placé dans une situation défavorisée les médias qui sollicitent un degré d'attention plus grand de la part du public. Il est certes plus facile de tourner le bouton d'une radio ou d'un téléviseur pour écouter les informations, tout en vaquant à ses occupations, que de consacrer du temps à la lecture d'un journal ou d'un magazine. Toutefois nous constatons que la télévision et la radio renvoient souvent au journalisme écrit pour des analyses plus serrées et réfléchies.

Cela signifie qu’il faut maintenant recourir à chaque parcelle de l’habileté littéraire et du talent de chaque journaliste pour assurer que les journaux et les magazines conservent la fidélité de leurs lecteurs. En combattant pour l’attention d’un public toujours à la recherche de sensations fortes, il pourrait être facile de glisser dans la facilité des histoires sensationnelles ou superficielles. Mais nous nous attendrons toujours à ce que la presse écrite concentre ses efforts sur les enjeux fondamentaux, sur la recherche et sur l’analyse. Ceux et celles à qui nous rendons hommage ce soir n’ont pas seulement eu du succès dans ces domaines ; ils y ont excellé.

Ces journalistes ont produit des travaux qui leur valent à la fois notre respect et l’attention de leurs collègues, de même que l’attention de ceux et celles de qui ils sont au service. J’espère que l’exemple de vos succès vous incitera à atteindre de nouveaux sommets journalistiques lors de vos prochains reportages, et incitera également ceux et celles qui s’inspireront de votre travail à développer une approche journalistique plus consciencieuse et plus responsable.

Il n’y a aucun doute que les médias écrits continueront à exercer une influence significative sur la perception du public lecteur. Je félicite les journalistes mis en nomination aujourd'hui ainsi que les gagnants pour votre habileté et pour votre capacité à utiliser votre pouvoir dans un contexte hautement compétitif et à l’intention d’une société qui vous demande de faire la preuve qu’il y a encore de la place pour vous dans un monde qui exige des analyses en profondeur et des jugements critiques.

Je veux aussi remercier les dirigeants de la Fondation Michener qui assurent la continuité de cet événement et qui fournissent les efforts nécessaires pour que le travail exceptionnel des journalistes soit reconnu et récompensé dans le cadre d’événements comme celui d’aujourd'hui.

La Très Honorable Jeanne Sauvé,
Gouverneure générale du Canada,
Rideau Hall, Ottawa, le 6 novembre 1987.

Blason - Gouverneure générale