Discours par Francine Pelletier lors de la présentation de la Bourse Michener-Deacon 2014 pour les études en journalisme, qui a eu lieu à Rideau Hall le 11 juin 2014.
Francine Pelletier

Votre Excellence, distingués collègues et amis, madames et messieurs.

Comme tous les journalistes qui ont eu le bonheur de se tenir à cet endroit, laissez-moi vous dire l'énorme plaisir et le grand honneur que c'est pour moi de recevoir la Bourse Michener-Deacon.

J'aimerais d'abord remercier l'ex-gouverneur général qui en a eu la bonne idée, Roland Michener lui-même. C'était en 1970, à un moment où on ne saisissait pas encore, je crois, toute l'importance du journalisme dans la vie démocratique, et toutes les responsabilités qui y sont rattachées. Je remercie la Fondation Michener, et tous ceux et celles qui y travaillent, et en particulier le jury qui m'a sélectionnée; je les remercie de poursuivre ce travail de reconnaissance depuis maintenant 44 ans. Au nom de tous les journalistes de ce pays, merci.

La vie de journaliste est une vie qui va vite. On suit l'actualité, on des échéances souvent quotidiennes, on passe à d'autre chose. La possibilité pour un ou une journaliste de pouvoir poser ses bagages, prendre le temps de vraiment creuser un sujet, suivre ses instincts et aller au fond de quelque chose...est un énorme cadeau. Ça l'a toujours été mais, aujourd'hui, ça tient quasiment du miracle. La profession de journalisme connait aujourd'hui d'immenses bouleversements, pas toujours heureux d'ailleurs, et c'est par conséquent de plus en plus un luxe de pouvoir approfondir quelque chose qui nous tient à coeur. Merci pour ce luxe.

Ce qui m'amène à mon sujet d'enquête: le journalisme et les méga données. D'abord, c'est un projet en conjonction avec l'Université Concordia, que j'aimerais également remercier, et en particulier le chef de département de journalisme, Brian Gabrial, la véritable inspiration derrière ce projet.

Les méga données sont précisément ce qui est en train de transformer le journalisme aujourd'hui. Il y a bien sûr d'autres facteurs, mais ce nouveau phénomène pèse lourd dans la balance ; Julian Assange et Edward Snowden nous ont d'ailleurs montré combien les méga données peuvent avoir un impact. En même temps, nous avons encore une très petite idée de comment aborder ces données, comment les interpréter et ensuite les utiliser, pour ne rien dire des implications éthiques. Ce sont tous des questions qui j'aimerais aborder durant la prochaine année.

Je suis de la génération qui a été influencée par les Hunter S. Thompson et Truman Capote de ce monde, les "nouveaux journalistes" qui ont révolutionné le métier à peu près au même moment où Roland Michener décidait d'honorer le journalisme canadien pour la première fois. À cause du phénomène des méga données, il est possible que nous soyions aujourd'hui à la veille d'un nouveau "nouveau journalisme", phénomène que j'aurai le privilège d'explorer grâce à la Bourse Michener-Deacon.

Merci encore.

Francine Pelletier
Rideau Hall, Ottawa,
le 11 juin 2014.